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Témoignage émouvant de Robert Wacjman, rescapé des camps.

Par Blandine Paris, publié le dimanche 28 janvier 2018 22:03 - Mis à jour le vendredi 2 février 2018 11:27
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M.Démolin, Principal du collège, a eu l’honneur de recevoir aujourd’hui Monsieur Robert Wacjman, rescapé d’Auschwitz, venu témoigner auprès des élèves de 3ème d’une période tragique de son histoire.

 

Pendant près deux heures, Rober Wacjman,  ce témoin oculaire, a déroulé le fil de sa vie auprès de 90 collégiens de 3ème,  attentifs, à l’écoute, bien préparés par leurs professeurs d’histoire à recevoir ce témoignage unique et exceptionnel.

 

Pendant près de deux heures, cet homme de 88 ans, rescapé des camps de la mort, debout face à son public, le micro à la main, va nous raconter l’indicible : le basculement d’une vie heureuse entre ses parents et son frère à l’enfer des camps.

 

Voici le fil de son histoire, retranscrite le plus fidèlement possible…..

 

Cela commence par le port de l’étoile jaune, portée sur sa blouse grise à l’école. Il ressonge au regard étonné de ses camarades et se souvient comment,  durant la cour de récré, certains se sont éloignés de lui, « comme s’ il avait attrapé une maladie honteuse… »

Dès 1942, les premières rafles de juifs non naturalisés français commencent. 

Son père décide alors de fuir Paris avec sa famille pour s’installer en zone libre. Il passera alors deux ans et demi en Corrèze. Période de calme durant laquelle il donnera des coups de main à des cultivateurs, des forgerons. Il ne souffrira pas de la faim.

Mais les allemands reprennent le contrôle dans cette zone fin 1942.

 

Il faut fuir à nouveau. La famille décide de partir pour Lyon. Il pourra ainsi être inscrit et passer son certificat d'études....Alors qu’il attend le tram avec son père, une Traction avant noire les repère, intriguée de les voir avec des valises… Ils sont précipités dans la traction et se retrouvent à la Gestapo où exerçait Klaus Barbie, l’homme  qui a torturé Jean moulin.  Son père a présenté des faux papiers, a reçu des coups jusqu’à ce qu’il révèle sa vraie identité. Robert Wacjman dira dans un premier temps qu’il est juste un voisin. Mais face à l’interrogatoire d’ un allemand, Robert Wacjman sera, lui aussi,  confondu…..Son père est obligé de donner son adresse. Sa mère, installée chez une cousine avec son frère est alors arrêtée. Son jeune  frère, heureusement absent lors de cette  arrestation, sera épargné…

Ils sont alors internés dans le fort de Montluc, où il rencontrera d’ailleurs Marcel Dassault, arrêté également par la Gestapo. Il se souvient que ce dernier, ingénieur passionné d’aviation, leur faisait des cours sur l’aéronautique.

La vie quotidienne dans les baraques en bois, infestées de punaises, est difficile...

 

L’heure du débarquement approche. Les alliés bombardent la Gestapo lyonnaise. Des groupes de prisonniers sont envoyés rechercher des survivants dans les décombres. Son père se proposait presque tous les jours pour y participer. Mais lors de ces recherches, deux prisonniers s’évadent. Le lendemain, son père participe à nouveau au déblaiement des décombres. Le soir, lors du retour du groupe dans les baraques, un silence absolu, inhabituel s’installe : son père n’est pas là : trois hommes ont été fusillés pour riposter contre cette évasion de deux prisonniers. Robert a 14 ans. Son père est mort, fusillé.

 

Vient ensuite une période d’espoir avec le débarquement qui commence. Pourtant, Robert Wacjman est transféré à Drancy. Il y retrouve sa mère à qui il n'ose avouer la mort de son père. Il lui raconte que son père, costaud , a été déporté pour travailler sur le Mur de l’Atlantique.

Le souvenir du convoi qui l’emmène à Drancy reste douloureux : mis dans un wagon à bestiaux avec 60 ou 80 personnes, avec deux bottes de pailles et deux récipients, un sceau avec de l’eau, un autre pour faire ses besoins….

Le voyage dure quatre jours dans une odeur pestilentielle…

 

A l’arrivée, les portes coulissantes s’ouvrent aux cris de « schnell! schnell !». Les hommes sont mis à gauche, les femmes à droite, par colonne. Pas le temps d’embrasser sa mère. Puis tout va très vite. Les déportés subissent un examen médical. Sur les conseils d’autres détenus, Robert dit qu’il a 16 ans. On leur fait prendre une douche, puis ils sont rassemblés dans une grande pièce. Ils sont tondus. On leur attribue un numéro. On leur impose un tatouage matricule.

             « On n’était plus des humains, on était un numéro, c’est tout. »

 

Robert Wacjman se souvient ensuite de cette marche de 8 kms, longue colonne de déportés pour aller à Auschwitz. Ce jour-là, ils ont été filmés, pour la propagande allemande qui les a fait passer pour des prisonniers russes.

Dans le camp, ils creusent des tranchées, installent des câbles…

Chaque matin, le kapo faisait l’appel, appel qui pouvait durer deux heures. Une soupe le midi. Une soupe le soir.

Dans le camp, il y avait un hôpital dans lequel Robert Wacjman, épuisé, se présente. Le Docteur Waitz, de la faculté de Strasbourg, déporté depuis 1943, l’y admet. Les conditions s’améliorent. Il dispose d’un lit individuel et de draps.

Mais un jour, la période de « sélection » commence. Les plus faibles sont mis de côté et emmenés à Birkenau, dans les chambres à gaz....Robert Wacjman reprend le travail et échappe à la mort…

 

En janvier 1945, on apprend que les Russes approchent. Le 18 janvier, c’est le début de la marche de la mort. Le camp doit être entièrement évacué. C’est le début d’une marche de 80 kms.  On se tenait à cinq et on avançait....Robert Wacjman est avec le Dr Waitz. Il est épuisé. Pour le sauver, le Dr Waitz le jette dans une charrette  de prostituées destinées aux Allemands.  Le froid est épouvantable. Le convoi arrive à Buchenwald, dans un camp où se trouvent des résistants. Pendant un temps, il fera fonction de jardinier. Il va reprendre des forces, tentera même de fuir avec deux camarades ....

Puis, c’est à nouveau un transfert en train. Un convoi de 28 jours sans aucune nourriture. A l’arrêt du train, les prisonniers mangent des herbes…

 

Ce convoi s’arrête le 8 mai 1945 : « Je pleurais, c’était le jour de mon anniversaire. J’avais 15 ans. » Les prisonniers sont pris en charge par un hôpital de campagne russe, puis américain. Certains meurent de trop manger. Robert Wacjman reste prostré, en position de fœtus. Ses nerfs ont lâché. Il est pris en charge ensuite à l’hôpital Bichat. Il est installé dans une chambre, seul, toujours en état de prostration. Sa tante arrive mais ne le reconnait pas. Puis c’est au tour de sa mère, revenue d’Auschwitz, de le retrouver. Robert pèse alors 15 kgs. Pour le sortir de cet état de prostration, les médecins envisagent de lui faire des électrochocs. Sa mère refuse et signe une feuille de sortie. 

Il lui faudra une année pour se remettre, réapprendre à marcher. Il s'installe à Paris avec sa mère, sa grand-mère, et retrouve son frère. Sa mère tente de récupérer son logement, occupé par la maitresse d'un officier allemand...

 

Robert Wacjman termine son récit : il a repris une « vie normale », s’est inscrit à l’école Boule. Et durant cette période scolaire, personne n’a su qu’il avait été déporté. « J’étais content d’être revenu dans une vie normale. »

 Il s’est marié, a eu trois enfants et a aujourd’hui des petits et arrières petits-enfants.

Et c’est pour ses petits-enfants , quand ils ont eu 14 ans , qu’il a enfin accepté de parler, de témoigner. Car à ses enfants, il n’avait jamais parlé de sa déportation.

Aujourd’hui, il sillonne la France, à la rencontre des collégiens et des lycéens pour ne pas oublier. Pour le devoir de Mémoire.

 

Les collégiens se lèvent et applaudissent longuement Robert Wacjman.

 

L’entretien se termine par des questions auxquelles M.Wacjman répond avec précision.  Et, à la demande de certains collégiens, Robert Wacjman acceptera de montrer les traces indélébiles de son matricule sur son avant-bras gauche.

 

 

Et, en s’adressant aux jeunes, il conclura par ce message très fort :

« A vous de faire attention à rester en démocratie, en liberté. »

 

Merci encore à M.Démolin, Principal du collège, aux professeurs d’histoire, Mme Davase, Mme Masclet et M. Morel  pour avoir préparé et permis cette belle rencontre qui restera inoubliable dans le cœur de tous.

 

Merci aux collégiens pour leur attention, leur curiosité et leur attitude exemplaire.

 

Merci encore à Robert Wacjman, pour ce témoignage historique, puissant et tragique à la fois.